Le stockage d’énergie par batterie (BESS) est devenu un élément clé de la transition énergétique en Europe. Dans un contexte de pénétration croissante des énergies renouvelables, de volatilité accrue des prix et de besoin de flexibilité, les batteries ne sont plus analysées uniquement d’un point de vue technique, mais de plus en plus comme des actifs stratégiques à potentiel économique.
Dans un article précédent publié en mai 2025, « Le rôle des batteries sur le marché espagnol de l’électricité : la clé de la transition énergétique », nous présentions le rôle des BESS dans le système électrique espagnol et leur intégration dans le cadre réglementaire actuel. Sur cette base, cet article élargit la perspective et se penche sur une question centrale pour les développeurs, investisseurs et grands consommateurs européens : la viabilité économique des projets BESS.
Au-delà de sa fonctionnalité technique, la rentabilité d’un système de stockage dépend de plusieurs facteurs : les revenus accessibles sur le marché, la conception de l’actif, les coûts d’investissement et d’exploitation, ainsi que la stabilité réglementaire. Ci-après, nous analyserons les principales opportunités économiques et contraintes des BESS depuis une perspective européenne, en intégrant des références aux marchés français et espagnol et en insistant sur l’importance d’une évaluation économique rigoureuse comme pilier pour une prise de décision rationnelle.
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- Facteurs économiques
D’un point de vue économique, l’attrait des BESS en Europe repose sur trois élements :
Le premier est la volatilité des prix de l’électricité, qui génère des opportunités d’arbitrage sur le marché spot. La cannibalisation croissante des énergies renouvelables et l’émergence de spreads horaires plus marqués permettent aux batteries de capturer de la valeur en achetant de l’énergie pendant les heures creuses et en la vendant pendant les heures de pointe.
Deuxièmement, l’accès aux marchés de la flexibilité, tels que les services système et mécanisme d’ajustement (par exemple, aFRR ; la réserve secondaire). Ces marchés peuvent compléter ou suppléer les revenus spot et apporter une plus grande stabilité aux flux de trésorerie, bien que leur contribution varie considérablement d’un pays à l’autre selon les règles de participation, le degré de concurrence et la maturité du marché.
Enfin, la conception et la stratégie opérationnelle du BESS sont décisives. La puissance, la durée, l’efficacité et la logique de répartition influencent directement les revenus perçus et l’usure de l’actif. Ainsi, d’un point de vue économique, l’optimisation opérationnelle est donc aussi importante que l’accès au marché lui-même.
- Limitations et risques
Malgré leur potentiel, les BESS présentent des contraintes économiques qui doivent être explicitement intégrées dans toute analyse économique.
L’un des principaux points est l’incertitude réglementaire, en particulier dans les marchés en évolution. Des modifications des règles d’accès, des mécanismes de rémunération ou des exigences techniques peuvent modifier de manière significative les revenus estimés au cours de la durée de vie de l’actif.
Un autre facteur clé est la dégradation des batteries, qui affecte à la fois la capacité disponible et les coûts de remplacement futurs. La fréquence des cycles, le niveau de décharge et la stratégie opérationnelle ont un impact direct sur la durée de vie et donc sur le profil économique du projet.
Par ailleurs, les revenus des BESS montre une forte sensibilité aux hypothèses de prix. Des projections optimistes sans analyse de scénarios peuvent conduire à une surestimation de la rentabilité, surtout à long terme où ces systèmes sont exposés à un risque structurel de cannibalisation lié à l’adoption même de la technologie.
Par conséquent, la durabilité économique à long terme du BESS dépend non seulement du niveau de prix, mais aussi du rythme de déploiement de la technologie et de la capacité à adapter les stratégies d’exploitation dans un environnement de plus en plus efficace.
- Données illustratives du marché : Espagne et France
Pour illustrer cette dynamique, on considère un BESS[1] fonctionnant en 2024 sur deux marchés européens, Espagne et la France, avec des caractéristiques différentes.
- Revenus annuels estimés dans une stratégie spot only :
- Espagne : 126 k€/MW par an
- France : 117 k€/MW par an
- L’augmentation des revenus en combinant spot + aFRR varie entre 60 et 80% qui s’ajoutent aux revenus obtenus en spot.
Ces différences ne sont pas dues à la technologie, mais aux signaux du marché, à la conception des services systèmes et au degré de concurrence dans chaque pays. L’exercice montre que le même BESS peut avoir des profils de revenus très différents selon le marché dans lequel il opère.
De plus, l’analyse montre que la participation à plusieurs marchés et services est un facteur clé pour atteindre les niveaux de rentabilité attendus dans un investissement dans le stockage. La combinaison de différentes sources de revenus peut augmenter de manière significative la valeur capturée par l’actif par rapport aux stratégies qui se limitent à un seul marché, en tirant parti des signaux complémentaires et en réduisant la dépendance à un seul mécanisme de rémunération.
Cependant, cette approche multi-marchés implique une complexité accrue dans les processus d’analyse, d’évaluation et de déploiement du BESS, nécessitant des capacités expertes tant pour l’interprétation du marché que pour le contrôle opérationnel en temps réel. Dans ce contexte, la gestion efficace des stratégies multi-marchés repose généralement sur entreprises spécialisées dans le secteur, telle que Haya Energy Solutions, capables d’intégrer la vision du marché, l’optimisation économique et l’exploitation technique de l’actif.


L’analyse mensuelle des revenus unitaires montre l’impact direct de la capacité énergétique (MWh) du système sur la valeur captée par le BESS. Dans l’exemple illustratif de 2024, les scénarios à durée plus longue (2 MWh et 4 MWh par MW installé) montrent, en termes généraux, des revenus unitaires plus élevés que les configurations à capacité inférieure, car ils permettent une plus grande flexibilité opérationnelle et une meilleure adaptation aux signaux du marché tant dans les services système que les mécanismes d’ajustement.
Cependant, ce résultat ne doit pas être interprété de manière simpliste. Si bien la conclusion « plus de capacité, plus de revenus » semble intuitive d’un point de vue purement opérationnel, la capacité optimale du BESS n’est pas universelle, mais dépend d’un équilibre entre revenus supplémentaires, coûts d’investissement additionnels et contraintes techniques et commerciales.
D’un point de vue économique, l’augmentation de la capacité implique une augmentation significative du CAPEX, tandis que les revenus marginaux tendent à montrer des rendements décroissants au-delà de certains seuils, notamment sur les marchés à forte concurrence ou avec des contraintes réglementaires sur la participation simultanée aux services. À cela s’ajoutent des restrictions techniques telles que les limites de puissance, d’efficacité, de dégradation accélérée par des stratégies intensives ou des contraintes contractuelles liées au point de connexion ou au type de consommateur associé.
Par conséquent, la définition du dimensionnement optimal – puissance et durée – doit toujours être abordée de manière spécifique pour chaque projet, sur la base de modèles de simulation économique intégrant des prix horaires, des règles de marché, des stratégies multi-marchés et des profils de dégradation. Dans ce contexte, le dimensionnement cesse d’être une décision purement technique et devient une variable stratégique clé dans la rentabilité du projet du BESS.
La combinaison des revenus, CAPEX et OPEX permet d’estimer des indicateurs clés tels que le ROI, le TIR ou le temps de retour, dont l’ampleur dépend de manière essentiellement des hypothèses du marché et de la stratégie opérationnelle adoptée.
- CAPEX : pour un BESS à grande échelle en Europe, les coûts d’investissement sont d’environ 1,1 million d’euros/MW, en fonction de la technologie, de la durée et du contexte du projet.
- OPEX : inclue les coûts d’exploitation, de maintenance, d’assurance et de gestion du marché, généralement de l’ordre de 3 à 5 % du CAPEX total, soit environ 40k €/MW par an, en plus des provisions liées à la dégradation et au remplacement.
Il convient de noter que, bien que cet exercice ait illustré la valorisation du BESS par la combinaison du marché spot et de la réserve secondaire (aFRR), il existe d’autres configurations tout aussi pertinentes. Sur les marchés de l’énergie, la combinaison des marchés day-ahead et intra-day (infra-journalier) est casiment indispensable pour atteindre des niveaux de rentabilité compétitifs, car elle permet une gestion plus fine de la position énergétique et des écarts.
De plus, les différents mécanismes de services systèmes varient considérablement d’un pays à l’autre et offrent des opportunités supplémentaires de valorisation, telles que les services de réserve primaire – plus simples à mettre en œuvre et avec des schémas de rémunération consolidés sur des marchés comme la France et l’Allemagne – ou alors le mécanisme « SRAD » en Espagne ; les systèmes de stockage connectés aux grands consommateurs peuvent capter un potentiel de revenus particulièrement élevé.
Dans cet environnement, caractérisé par une complexité opérationnelle croissante et une forte dépendance aux signaux du marché, une analyse économique rigoureuse et des capacités de simulation avancées sont essentielles à la prise de décision. Chez Haya Energy, nous accompagnons développeurs, investisseurs et grands consommateurs dans l’évaluation et la valorisation des projets BESS, combinant analyses de marché, simulations de prix horaires, études de dimensionnement optimal et modèles économiques adaptés aux différents cadres réglementaires européens. Notre expérience sur des marchés tels que l’Espagne, la France et l’Allemagne nous permet d’identifier des stratégies opérationnelles robustes et de maximiser la valeur captée par chaque actif en fonction de ses caractéristiques spécifiques.
Conclusion
Les BESS offrent d’importantes opportunités économiques en Europe, mais leur rentabilité dépend d’une combinaison complexe de stratégie d’entreprise, de conception optimale et de calcul des risques. Comprendre ces éléments et les évaluer rigoureusement est essentiel pour transformer le potentiel du stockage en projets économiquement solides et durables au fil du temps.
Paloma Hepburn Jiménez
[1] Scénario de calcul : batterie de 1 MW 4 MWh (0,25C) limitée à 1,7 cycle par jour


