Principaux enseignements de l'analyse du marché français
L’analyse du marché de l’énergie en France est essentielle pour comprendre les dynamiques et les tendances affectant le secteur tant au niveau local qu’international. Dans cette analyse détaillée, nous abordons les facteurs importants influençant les prix de l’énergie, l’offre et la demande, ainsi que les dernières politiques réglementaires. Ce panorama complet vous permettra de rester informé des changements hebdomadaires et d’anticiper les variations possibles du marché, tant en France que dans d’autres marchés pertinents tels que l’Espagne.
Table des matières
Avril 2026
Chiffres clés du mois
Source: Haya Energy Solutions
En avril 2026, les prix spot de l’électricité sur les principaux marchés européens ont baissé par rapport au mois précédent, l’Espagne faisant figure d’exception avec un prix moyen en légère hausse. Sur le marché à terme, en revanche, le Power Cal’27 est resté globalement stable dans tous les pays, les niveaux de prix se situant dans une fourchette relativement similaire à celle observée en mars.
La France a dépassé l’Espagne en tant que marché de l’électricité le moins cher de la région, avec une moyenne de 40,80 €/MWh, soit une forte baisse par rapport aux 63,30 €/MWh du mois précédent. L’Espagne s’est classée au deuxième rang des marchés les moins chers, avec une moyenne de 42,40 €/MWh, légèrement supérieure aux 40,27 €/MWh enregistrés en mars. Le Royaume-Uni et l’Allemagne se sont tous deux rapprochés du niveau de 83 €/MWh. Dans l’ensemble, le mois d’avril a une nouvelle fois mis en évidence une grande divergence des prix spot à travers l’Europe, reflétant en grande partie la structure de production de chaque marché et, en particulier, son niveau d’exposition aux technologies au gaz en tant que source déterminant le prix marginal, comme c’est le cas en Italie.
Le mois d’avril a également été un mois record pour la production photovoltaïque solaire sur les principaux marchés européens. De nouveaux records quotidiens pour le mois d’avril ont été atteints en France (149 GWh), en Allemagne (444 GWh) et en Italie (163 GWh). Cette forte production solaire tout au long du mois a eu pour conséquence que, les jours où une production renouvelable élevée coïncidait avec la demande d’électricité généralement plus faible observée le week-end, des prix extrêmement négatifs ont été enregistrés. Cela a été particulièrement évident le dimanche 26 avril, lorsque le prix spot français est tombé à -478,80 €/MWh à 14h00, établissant un nouveau record.
Du côté du gaz, les prix spot moyens sont restés globalement stables autour de 44 €/MWh sur la plupart des marchés, l’Allemagne affichant un niveau légèrement supérieur, à environ 46 €/MWh en moyenne. Par rapport au mois de mars, les prix du gaz ont baissé dans tous les pays, reculant d’environ 8 €/MWh sur la plupart des marchés. Le prix du gaz pour me CAL-2027 a également enregistré une baisse modérée d’un mois sur l’autre dans tous les pays.
La formation des prix du gaz au cours du mois est restée largement influencée par le conflit impliquant l’Iran, Israël et les États-Unis, et en particulier par les développements affectant le transit des matières premières énergétiques via le détroit d’Ormuz. En conséquence, toute information, allant d’une annonce potentielle de cessez-le-feu à l’échec des négociations, a eu un impact direct sur les prix du gaz.
Quant au CO₂, les prix sont passés d’environ 72 €/t en mars à 77 €/t en avril, rompant ainsi la tendance à la baisse qui s’était amorcée avec l’escalade du conflit en Iran fin février.
Dans l’ensemble, la production accrue d’énergies renouvelables et la baisse des prix du gaz ont contribué à modérer les prix sur les marchés de l’électricité dans la plupart des pays européens, malgré le rebond des prix du CO₂.
Demande énergétique et mix de production
Source: Haya Energy Solutions
En avril 2026, la production totale en France a atteint 39 693 GWh.
L’énergie nucléaire reste le pilier central du mix de production français, jouant un rôle clé dans la garantie de la sécurité de l’approvisionnement des systèmes. La production nucléaire a représenté 70,3 % du mix énergétique d’avril, en accord avec la production nucléaire du mois précédent. Similaire aux données de mars 2026, le dernier mois, la participation des CCGT a été limitée (1,3 %) en raison de la forte production hydroélectrique, éolienne et solaire photovoltaïque.
En ce qui concerne les sources d’énergie renouvelable, comme vous pouvez le voir sur le graphique, la production hydroélectrique arrive en deuxième position dans le mix énergétique total, représentant 9,6 % de la production totale (en baisse par rapport aux mois précédents) et première dans la catégorie des énergies renouvelables. Les stocks hydroélectriques sont passés de 888 GWh (début avril – le niveau le plus bas de l’année et depuis 2023) à 1 177 GWh (fin avril), approchant les niveaux d’avril 2025 (1 212 GWh). Les stocks hydroélectriques ont fluctué considérablement depuis le début de 2026. Le moment critique interviendra dans les semaines à venir (mi-juin), lorsque les réserves devront être reconstituées. Enfin, la production photovoltaïque a augmenté par rapport aux mois précédents, alors que l’hiver touche à sa fin et qu’il y a à nouveau des journées ensoleillées.
Stocks hydraulique – Source: RTE
Prix de l’énergie et panorama du marché
Les prix de l’électricité ont baissé début avril, suite à une baisse des prix du gaz et à l’optimisme quant à une éventuelle résolution géopolitique. De plus, une forte production renouvelable, en particulier le solaire, a entraîné des événements de prix extrêmement négatifs en milieu et fin de mois, mettant en lumière des problèmes de surapprovisionnement structurel. Des creux historiques, incluant des prix horaires fortement négatifs, ont marqué des moments clés à la baisse. Vers la fin avril, la hausse des prix du gaz a fait grimper les prix de l’électricité spot. Dans l’ensemble, le mois a été marqué par une forte volatilité, avec à la fois de fortes baisses et des reprises modestes.
Selon la Sfen (Société française d’énergie nucléaire, analyse d’Aurora Energy Research), la production nucléaire française joue un rôle stabilisateur dans les prix et émissions européens, réduisant significativement les deux éléments au quotidien. Le système fait preuve d’une forte résilience dans des conditions normales, mais les scénarios de stress mettent en évidence des risques majeurs en cas de baisse de la disponibilité nucléaire. Dans un contexte d’augmentation de 70 % des prix du gaz, les prix de gros de l’électricité en France augmenteraient en moyenne de 50 %, contre 60 % dans les autres pays européens. Des conditions météorologiques extrêmes avec une faible production renouvelable amplifieraient encore les pics des prix et augmenteraient la dépendance aux importations françaises. Dans l’ensemble, le nucléaire agit comme un tampon clé, avec un risque à la baisse (pics de prix) concentré dans les scénarios de perturbation.
Le prix moyen de l’électricité spot en avril en France a atteint 40,8 €/MWh, soit une baisse de 3,4 % par rapport aux niveaux d’avril 2025 (42,2 €/MWh). Comme le montre le graphique, les prix ont fluctué considérablement tout au long du mois, avec un prix spot minimum atteignant -478,8 €/MWh le 26 avril, et un prix spot maximal atteignant 239,1 €/MWh le 1er avril. Les prix day-ahead chutent fréquemment à des niveaux très bas ou proches de zéro vers midi (16,6 % des heures d’avril sous 5 €/MWh), reflétant une augmentation de la production solaire. En revanche, les heures de pointe ont connu de fortes hausses de prix, avec 2 % des prix horaires dépassant 150 €/MWh.
En termes de flux transfrontaliers, la France est restée un exportateur net sur la plupart des interconnexions, à l’exception de l’Espagne. Les niveaux d’exportation horaires ont dépassé les 18 GW au pic du mois.
Source: Haya Energy Solutions
Concernant le prix spot du PEG day-ahead, tout au long du mois d’avril, les prix ont diminué de 16 % par rapport à mars 2026, avec des prix variant entre 38,4 €/MWh et 50,6 €/MWh. Les prix du gaz sont restés globalement soutenus malgré une certaine perte de dynamique haussière en début de mois. Les tensions persistantes entre les États-Unis et l’Iran ainsi que l’incertitude autour des négociations ont empêché toute baisse significative vers les moyennes historiques. Mi-avril, le scepticisme face aux pourparlers de paix a renforcé la résilience des prix, tandis que fin avril a connu une phase de stabilisation. Le marché est resté prudent, avec des risques géopolitiques persistants agissant comme un plancher. Dans l’ensemble, malgré un relâchement après les récents sommets, les prix du gaz sont restés sensibles aux évolutions géopolitiques, sans qu’aucune tendance claire à court terme n’ait été établie.
Les stocks de gaz de l’UE sont en moyenne pleins à 32,5 %, contre 39,2 % l’an dernier. Les niveaux de stockage de gaz en France sont de 31,9 %, en dessous de 2025 (42 %).
Source: Haya Energy Solutions
Tendances du marché et contrats à terme
Source: Haya Energy Solutions
En avril, les contrats futurs français sur l’électricité ont montré une tendance haussière à court terme (M+1, M+2 et Q+1), ainsi qu’une tendance à la baisse à long terme (T+2, Y+1 et Y+2). L’impact des prix du gaz sur les produits d’électricité à long terme en France est resté limité par rapport au reste de l’Europe, en raison d’une dépendance moindre au gaz dans le mix électrique et d’une forte disponibilité de la capacité nucléaire, contrairement à la situation observée lors de la crise énergétique de 2022. Les fondamentaux sont restés globalement baissiers en raison de la surcapacité structurelle : production nucléaire élevée, demande modérée d’électricité, expansion des énergies renouvelables.
Les produits futurs du gaz ont considérablement diminué par rapport au mois précédent, cependant les tensions géopolitiques au Moyen-Orient ont entraîné une forte volatilité et les risques liés aux routes d’approvisionnement en GNL comme le détroit d’Ormuz persistent.
Les prix du carbone sont restés relativement stables au début du mois, dans un contexte d’incertitude réglementaire autour des réformes du marché de l’UE. Mi-avril a connu une légère pression à la baisse alors que les prix du pétrole ont grimpé en flèche et que les tensions géopolitiques se sont intensifiées. Malgré cela, les prix sont restés au-dessus des niveaux, montrant une résilience. Dans l’ensemble, les prix des EUA ont connu de légères fluctuations mais la tendance baissière a été rompu.
Les prix du pétrole ont fortement augmenté tout au long du mois d’avril, provoqués par de graves perturbations de l’approvisionnement liées aux tensions autour du détroit d’Ormuz, le Brent a atteint et dépassé les 110 $/b à ses pics. L’optimisme initial concernant les négociations de cessez-le-feu a brièvement stabilisé les prix autour de 100 $/b mi-avril, mais l’absence de progrès concrets a ravivé la volatilité. Les perturbations persistantes du transport maritime et l’effondrement des exportations iraniennes ont resserré l’offre physique, soutenant une pression à la hausse. À la fin du mois, l’escalade des risques militaires et la crainte persistante d’un blocus ont déclenché une nouvelle hausse, marquant l’une des périodes les plus fortes jamais enregistrées. Dans l’ensemble, les prix sont restés élevés et volatils, le risque géopolitique dominant la direction des prix.
Points clés et conséquences
CPB – secteur du biométhane
Le secteur du biométhane fait face à une incertitude en raison du manque de visibilité claire des politiques au-delà de 2028, créant un risque à la baisse pour l’investissement. Plus d’un milliard d’euros de projets sont actuellement en pause, reflétant un élan stagnant plutôt que des mouvements de prix. Le secteur met l’accent sur son rôle stratégique dans la sécurité énergétique et la décarbonation, notamment dans un contexte de tensions géopolitiques. Sans trajectoire définie pour les certificats (CPB), la croissance pourrait ralentir considérablement, impactant les emplois et la diversification de l’offre.
Approvisionnement en GNL – Secteur du gaz
Le marché mondial du GNL a évolué vers un meilleur équilibre, avec une hausse commerciale d’environ 12 % entre octobre 2025 et février 2026. Cette croissance a été soutenue par de nouveaux projets de liquéfaction, notamment en Amérique du Nord, et par une augmentation de la production des exportateurs existants, ce qui a contribué à atténuer les pressions du marché et à baisser les prix du gaz en Europe et en Asie.
Cependant, cette tendance a été perturbée par le conflit au Moyen-Orient débutant fin février 2026. La crise a déjà entraîné des réductions de l’offre et devrait entraîner une perte cumulative d’environ 120 Gm³ (AIE) de GNL entre 2026 et 2030.
Les principaux impacts incluent :
- Un ralentissement de la croissance de la production mondiale de GNL (seulement +8 % en glissement annuel).
- Réduction des exportations du Qatar et des Émirats arabes unis, en partie compensée par de nouveaux projets ailleurs.
- Perturbations de l’approvisionnement à court terme dues à des retards d’exportation et des dommages aux infrastructures.
- Un retard prévu d’au moins deux ans dans l’expansion mondiale de l’approvisionnement en GNL en raison de dommages aux installations de liquéfaction.
À court terme, les pertes d’offre sont modérées mais devraient s’aggraver légèrement. Dans l’ensemble, le conflit resserre à nouveau le marché, retarde le rééquilibrage et exerce une pression à la hausse sur les prix, même si les projets futurs pourraient compenser les pertes à long terme. (Source : Enerpresse Philippes Rodrigues)