La taxe Carbone française : Une fausse bonne idée

Nous sommes d’accord, fixer un prix élevé aux émissions de CO2 est la meilleure façon de les réduire. Le pollueur-payeur réduira ses émissions si leur coût en est élevé. Par conséquent, forcer un prix élevé du CO2 par le biais d’une taxe devrait être une bonne idée. Par contre, le faire seulement dans un pays (la France), de façon unilatérale et sans coordination avec ses voisins, alors même que les réseaux électriques nationaux sont physiquement interconnectés est définitivement une très mauvaise idée : les consommateurs français subiront une très forte hausse des prix sans que les émissions ne soient réduites, car elles se déplaceront simplement de la France aux pays limitrophes ! Et cela en générant de plus des effets collatéraux négatifs majeurs : l’anéantissement de l’industrie de la génération d’électricité thermique française, l’augmentation de la dépendance énergétique extérieure et l’accroissement du risque de coupure d’alimentation électrique en cas de vague de froid.

Commençons par le début : le 25/4/2016, à l’occasion de la dernière conférence environnementale, le Président François Hollande annonce que la France « s’engagera unilatéralement à donner un prix plancher au carbone » dans le secteur de la production afin de « privilégier l’utilisation du gaz par rapport au charbon », et que ce prix devrait être introduit en loi de finances 2017.

Le lendemain, lors de la même conférence, la ministre Ségolène Royal confirme la mise en place de la mesure à partir du 1er janvier 2017. En outre, elle indique une fourchette de prix entre 25 et 30€ par tonne.

Analysons les conséquences de ces annonces surprenantes de l’exécutif au cas où elles seraient mises en œuvre uniquement en France.

L’instauration d’une taxe CO2 pour la production d’électricité d’origine fossile impliquerait une augmentation du coût de cette même production. L’impact est différent selon le type de combustible employé et la technologie utilisée. Les centrales à charbon françaises émettent une tonne de CO2 pour chaque MWh d’électricité produit. Les centrales à Cycle Combiné Gaz (CCG), technologiquement plus efficaces, émettent seulement un tiers de cette quantité.

Si, selon les annonces de l’exécutif, cette taxe CO2 de, disons 30€ par tonne émise, entrait en vigueur, les centrales à charbon verraient leurs coûts de production augmenter de 30€ par MWh produit. De leur côté, le coût de production des centrales à Cycle Combiné Gaz (CCG) augmenterait seulement de 10€/MWh. La création de la taxe à ce niveau de prix aurait ainsi en apparence un effet vertueux, du fait que les CCG, qui sont plus efficaces et moins polluantes, seraient appelées par le réseau électrique de préférence aux centrales charbon. Cela devrait réduire les émissions de CO2. Jusqu’ici, nous devons nous féliciter de l’effet positif atteint par une telle taxe carbone. Selon les estimations du gouvernement, la taxe carbone réduirait les émissions en France de 12 millions de tonnes par an. Une bonne nouvelle, même si l’impact en reste modeste si on le compare au total des émissions du pays, qui s’élèvent à 450 millions de tonnes par an.

Mais – et c’est là que commencent les mauvaises nouvelles -, la décision de la France d’élever le prix du CO2 est unilatérale, comme l’a indiqué le Président. Le gouvernement essaie d’entrainer l’Union européenne dans l’idée de la création d’un prix minimum du CO2, mais pour l’instant (du moins jusqu’en 2020) cela ne sera pas possible. Les pays voisins ont déjà indiqué qu’en aucun cas ils ne suivront cette même voie, et qu’ils ne comptent pas mettre en place une taxe carbone. Peu importe, le gouvernement français souhaite leur montrer le droit chemin.

Malheureusement, le gouvernement semble oublier que la France est physiquement interconnectée électriquement avec tous ses voisins. L’imposition de la taxe carbone limitée au périmètre français, entraînant un surcoût pour les seules centrales françaises, conduirait à ce qu’elles se voient supplantées par des importations en provenance des centrales de Belgique, d’Allemagne, de Suisse, d’Espagne, etc., plus émettrices car moins efficaces mais qui n’auront pas à supporter la nouvelle taxe carbone. En réalité, la mesure unilatérale française impliquera un déplacement de la production et non un effet de réduction des émissions à l’échelle européenne. C’est regrettable, mais la planète ne profitera pratiquement pas de cette mesure.

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De plus, l’imposition de la taxe carbone produira un second effet : le consommateur français devra payer plus cher l’électricité du fait de l’introduction de cette taxe. En effet, remplacer des moyens de production moins chers (les français) par des moyens plus onéreux (les étrangers) entraînera une augmentation des prix de l’électricité. De combien ? Comme le montrent les marchés à terme, la simple annonce de la mise en place de la taxe carbone a fait augmenter le prix de l’électricité de 5€/MWh (15% d’augmentation). Cela signifie que les consommateurs français devront payer 2,5 milliards d’euros de plus pour leur électricité.

Continuons avec les calculs, le lecteur m’en excusera. Pour résumer, le transfert des 12 millions de tonnes d’émissions de CO2 de la France aux pays voisins coûtera 2,5 milliards d’euros aux Français. Ou, rapporté à la tonne d’émission, 200€ par tonne évitée en France (mais malheureusement pas à l’échelle européenne), à comparer avec le prix de 6€/t que nous voyons aujourd’hui sur le marché. Le gouvernement doit avoir un véritable engagement dans la réduction des émissions de la production d’électricité pour dédier ces immenses ressources pour si peu de résultat.

Autres effets collatéraux de la mesure : (i) les centrales à charbon françaises devront définitivement fermer, mais étant donné leur degré d’obsolescence personne ne le regrettera ; (ii) les centrales à cycle combiné gaz seront mises sous cocon, même s’il s’agit de centrales très récentes avec un rendement élevé et une excellente disponibilité ; (iii) la France fragilisera son système électrique en cas de vague de froid en devenant dépendante des importations des pays limitrophes ; et (iv) EDF affirmera sa position de monopole, monopole d’Etat supporté (subventionné) par les consommateurs français.

La taxe carbone coutera donc très cher au consommateur, avec peu d’efficacité dans la réduction des émissions de CO2, et elle étouffera le peu de concurrence existant dans le secteur en France. La taxe carbone, sans discrimination par technologie, est sans aucun doute une très mauvaise bonne idée.

Corollaire : La France a la chance d’avoir le parc de génération électrique le plus vertueux de la planète, avec les émissions les plus basses par kWh produit, bien devant les champions des ENR comme le Danemark ou l’Allemagne. Si elle veut montrer l’exemple et avancer dans la transition énergétique, une voie logique serait de limiter la production d’électricité à base de charbon et de fuel-oil, qui sont des technologies très peu efficaces et très polluantes. Une fermeture contrôlée des centrales à charbon et fuel-oil serait une décision au coût très réduit et avec un impact beaucoup plus élevé dans la diminution réelle des émissions. Les 9 millions de tonnes de CO2 émises par ces centrales seraient réduites à 3 millions de tonnes en utilisant les centrales à gaz les plus efficaces à la place. Le coût pour le consommateur serait beaucoup plus réduit, car n’intégrant pas de surcoût pour le carbone, la sécurité du système électrique serait préservée et la France donnerait un vrai exemple d’initiative écologique au monde entier.

L’analyse d’HES :

  • Le consommateur. Apres l’annonce de la mesure, les prix des gros ont augmenté de quelques 5€/MWh. Selon nos estimations, le marché a surévalué l’impact de la taxe. Notre modélisation donne une augmentation du prix d’entre 2€/MWh et 2,5€/MWh en cas de taxe de 30€/t.
  • Le producteur devrait bien mesurer les conséquences de la taxe sur son équilibre économique. Dans l’attente que la mesure soit mieux précisée, nous recommandons aux producteurs carbonés d’éviter des ventes à terme pour la période commençant en janvier 2017. Egalement, le producteur impacté par la mesure devrait analyser les alternatives en cas de taxe carbone franco-française (maintien en fonctionnement, mise sous cocon ou démantèlement de l’installation).
  • L’investisseur. Dans ce moment d’incertitude réglementaire, nous recommandons d’éviter toute prise de position sur des actifs susceptibles d’être affectés par cette taxe.

Toute l’équipe HES et moi-même sommes à votre disposition pour vous soumettre notre Expertise sur Vos défis en Energie.

Antonio Haya

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Expérience professionnelle

Céline, jeune active dynamique, a fait ses premiers pas dans le monde du travail dans le domaine du tourisme en tant que community manager au Loups du Gévaudan, en Lozère. En rejoignant l’équipe HES en novembre 2021, elle a souhaité diversifier ses connaissances : se former dans le secteur énergétique, se spécialiser dans les stratégies marketing afin de développer les relations clients de l’entreprise ; tout en approfondissant ses compétences en coordination et gestion de projets.

Formation

Céline est diplômée d’une double licence Espagnole – Anglais en Langue, Littérature et Civilisation Etrangère à la Sorbonne IV (2018). Elle a aussi obtenu un Master II en Direction de Projets ou Etablissements Culturel, spécialité Tourisme International. Elle a également étudié à l’étranger, à University of London (Angleterre) et Universidad de Morón (Argentine).

Céline Haya Sauvage

Responsable Marketing

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« La décarbonisation des secteurs de l’énergie et des transports est sans doute aujourd’hui le principal moteur économique de l’industrie. »

Expérience professionnelle

Il a débuté sa carrière dans le génie civil en tant que chef de projet en France, en Martinique et en Australie. Par la suite, il devient directeur général d’une filiale au Venezuela. En 1992, il crée une filale pour Dalkia en Allemagne (chauffage urbain, cogénération et partenariats) et représente Véolia en Thaïlande. En 2000, il a ouvert le bureau commercial d’Endesa en France pour profiter de la libéralisation du marché de détail. A partir de 2006, en tant que responsable du développement chez Endesa France, il a dirigé le plan d’Endesa pour la production à cycle combiné gaz en France et a simultanément développé le portefeuille éolien et photovoltaïque de la Snet. Philippe Boulanger a ensuite travaillé pendant 3 ans au siège d’E.ON pour coordonner les activités de l’entreprise en France. Il a été fortement impliqué dans le projet français de renouvellement de la concession hydroélectrique. En tant que Senior Vice President – Project Director chez Solvay Energy Services d’avril 2012 à février 2014, il était en charge des projets de déploiement H2/Power to gas et d’accès direct au marché européen. Philippe est un expert pour HES depuis 2014.

Formation

Philippe Boulanger est ingénieur diplômé de l’Ecole Polytechnique et de l’Ecole Nationale des Ponts & Chaussées (France) et possède une expérience combinée de plus de 25 ans en énergie et infrastructures. En plus de l’anglais, M. Boulanger parle couramment le français, l’allemand et l’espagnol.

Philippe Boulanger

Electricity Expert

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« Le monde est en train de changer. De nouveaux investisseurs accordent une attention particulière au secteur de l’énergie alors que les acteurs historiques adaptent leur position sur le marché. »

Expérience professionnelle

Antonio a commencé sa carrière dans le secteur de l’électricité en 1991 en tant que membre de l’équipe du directeur général de Sevillana de Electricidad (Espagne). En 1997, il était responsable de la réglementation commerciale chez Endesa Distribution. En 2000, il rejoint le département M&A européen d’Endesa. Il a été nommé CEO d’Endesa Power Trading Ltd en 2003. En 2004, il devient Directeur de la gestion de l’énergie de la SNET (France) et en 2008, il est nommé Directeur Général de cette société. En 2009, il a occupé le poste de Directeur du Développement Entreprise d’E.ON France. En 2011, il a fondé Haya Energy Solutions (HES), une société de conseil qui aide les entreprises à optimiser leur chaîne de valeur : de la définition de la stratégie aux opérations quotidiennes, en s’appuyant sur une solide expérience et une bonne compréhension de l’industrie de l’énergie. De 2015 à 2018, Antonio a été Président de Celest qui opère 2 CCGT françaises (420MW chacune), détenues par KKR. Fin 2018, il rejoint Asterion Industrial Partners, un fonds d’investissement dédié aux infrastructures, en tant que partenaire opérationnel.

Formation

Ingénieur industriel de l’Ecole Supérieure d’Ingénieurs de Séville (Espagne) et titulaire d’un MBA de Deusto (Espagne).

Antonio Haya

CEO