La question nucléaire

Introduction – Constat

Le moins que l’on puisse dire est que l’actualité récente d’EDF, par nature désormais liée à la question nucléaire, est chargée. Nous vous proposons un retour rapide, et non exhaustif, sur ces trois derniers mois :

  • 07 Mars-16: démission brutale du directeur financier d’EDF Thomas Piquemal sur fond de désaccord sur le projet Hinkley Point
  • 20 Avril-16: Suite à une réunion extraordinaire entre EDF et le gouvernement le 20 avril dernier, « Le gouvernement fait preuve d’une « vigilance totale » sur l’ensemble des défis auxquels est confronté EDF, a assuré mercredi Stéphane Le Foll, après une réunion interministérielle à l’Elysée consacrée au géant français de l’électricité, objet d’inquiétudes grandissantes y compris en interne »
  • 22 Avril-16: annonce d’une augmentation capital de 4Mrd€ souscrite au ¾ par l’état. Une première analyse semble indiquer que cette augmentation ne servira qu’à compenser les pertes d’exploitations. Le titre dévisse de plus de 7%
  • 25 Avril-16: à l’occasion de la dernière conférence environnementale, François Hollande annonce que  la France « s’engagera unilatéralement à donner un prix plancher au carbone » et que le prix plancher du carbone devrait être introduit en loi de finances 2017. Ce prix devrait être autour de 30€/t
  • 04 Mai-16: Thomas Piquemal est auditionné par la Commission des affaires économiques de l’assemblée nationale : Il estime quant à lui qu’EDF « ne pouvait pas financer le grand carénage avec un prix de marché à 26 euros/MWh » et appelle à nouvelle régulation.
  • 20 Mai-16: directeur exécutif groupe d’EDF, chargé du parc nucléaire et thermique, Dominique Minière défend au journal « Les Echos » le programme d’investissement « grand carénage » de 51 Mrds €
  • 26 Mai-16: annonce de la rupture des négociations entre Areva et TVO l’électricien finlandais pour lequel Areva construit le réacteur EPR à Olkiluoto. Rupture remettant en question (ou du moins reportant) la restructuration de la filière nucléaire française
  • 02 Juin 16 L’Institut Montaigne publie un rapport  de 188 pages pointant les dangers de l’inaction sur la filière nucléaire française
  • 02 Juin-16 L’ASN (Autorité de Sûreté Nucléaire) dévoile que EDF a présenté un nouveau scénario pour le démantèlement des premiers réacteurs nucléaires : décalage du calendrier de 50à 60 ans et augmentation des provisions (+300 M€ en 2015)
  • 02 Juin-16 Le conseil d’administration d’EDF convoque une AG extraordinaire le 26/7/16 sur l’augmentation de capital
  • 07 Juin-16 A la suite de Standard & Poor et Moody’s, l’agence de notation Fitch dégrade la note d’endettement à long terme d’EDF de A à A-

Diagnostic

Alors que EDF est déjà cash négative depuis 2010 (période sur laquelle les prix de vente en France étaient plafonnés par les mécanismes TARTAM puis ARENH entre 40 et 42€/MWh), la cause des inquiétudes nouvelles sur sa situation financière se résume principalement au décalage entre ses coûts de production et ses prix de vente.

Pour la partie coûts nous nous baserons sur le rapport de la Cour des Comptes sur le coût du nucléaire en France (mai 2014) et plus récemment sur le chapitre « La maintenance des centrales nucléaires : une politique de remise à niveau, des incertitudes à lever » du rapport public annuel de la Cour des Comptes (10 février 2016)

Le rapport de mai 2014 résumait les coûts de la façon suivante :

phb-1Comparaison des coûts de production d’EDF 2010-2013

Le rapport annuel de 2016 quant à lui, évalue l’impact des investissements nécessaires par EDF à la fois pour améliorer la disponibilité du parc ainsi que le projet de « grand carénage ».

Selon la Cour des Comptes, l’impact sur le coût total est faible et passe pour 410TWh de 59,8€/MWh outià 62,6€/MWh.

De ces chiffres, il ressort un besoin cash de la production nucléaire annuelle (au moins jusqu’en 2030) de 62,6€/MWh moins le loyer économique et la provision pour démantèlement et en partie la provision pour gestion des déchets.

En reprenant les chiffres du tableau 2013 et sur une production de référence de 410TWh/a, nous obtenons :

62,6 – (8501+520)/410=40,6€/MWh qui s’arrondit à 40€/MWh (Montant à rapprocher de la valeur actuelle de l’ARENH : 42€/MWh)

Et du côté revenus, nous pouvons nous référer aux prix de marchés côtés sur EEX, prix auquel les revenus d’EDF sont liés à plus de 70% (seule la fourniture des clients domestiques reste liée au prix de l’ARENH ) :

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Même si ces prix reflètent principalement la baisse des énergies fossiles, ce niveau de prix est attendu au moins jusqu’en 2019 et le développement des énergies renouvelables à faible coût marginal risque de renforcer la tendance.

Chaque euro ayant un impact de l’ordre de 400 M€, les évolutions récentes des prix de marché peuvent signifier une détérioration de la situation d’EDF pouvant atteindre jusqu’à 6Mrds€/an !

Conclusion :

Le rapport de l’Institut Montaigne affirme comme évidence et comme point de départ de son analyse que « Personne ne remet en cause la compétitivité de la production d’énergie nucléaire telle qu’elle a été développée en France » alors que c’est bien cette question qui se trouve au cœur des débats actuels.

De toute façon, au-delà des orientations politiques concernant des horizons lointains, c’est-à-dire au-delà du prochain quinquennat : limitation de la part nucléaire à 50% en 2025, plafonner la capacité actuelle à 63.2GW (Flamanville 3 sera-t-il mis en service lors du prochain quinquennat ?), les centrales nucléaires sont sur le long terme une réalité et une nécessité pour la fourniture électrique en France (tout comme certaines centrales fossiles flexibles qui assurent l’équilibre du réseau et le complément de fourniture).

L’enjeu est dans la juste rémunération de ces centrales.

Evidemment, une forte augmentation des prix des énergies fossiles ainsi que du prix du CO2 (prix des EUA) résoudrait le problème du déficit de rémunération des centrales nucléaires.

Pour l’immédiat et le moyen terme, le Code de l’Energie, par ses modifications apportées par la loi NOME, contribue à répondre à cet enjeu en instaurant le principe de rémunération pour la capacité particulièrement pertinente pour la génération électrique à faible coûts proportionnels à la production comme c’est le cas pour le nucléaire et les renouvelables.

Assurons-nous dans un premier temps de son bon démarrage comme prévu au 1er Janvier 2017, plutôt que de mettre en place unilatéralement et hâtivement de fausses bonnes idées comme un prix plancher carbone (cf. éditorial de cette Newsletter).

Philippe Boulanger

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Expérience professionnelle

Céline, jeune active dynamique, a fait ses premiers pas dans le monde du travail dans le domaine du tourisme en tant que community manager au Loups du Gévaudan, en Lozère. En rejoignant l’équipe HES en novembre 2021, elle a souhaité diversifier ses connaissances : se former dans le secteur énergétique, se spécialiser dans les stratégies marketing afin de développer les relations clients de l’entreprise ; tout en approfondissant ses compétences en coordination et gestion de projets.

Formation

Céline est diplômée d’une double licence Espagnole – Anglais en Langue, Littérature et Civilisation Etrangère à la Sorbonne IV (2018). Elle a aussi obtenu un Master II en Direction de Projets ou Etablissements Culturel, spécialité Tourisme International. Elle a également étudié à l’étranger, à University of London (Angleterre) et Universidad de Morón (Argentine).

Céline Haya Sauvage

Responsable Marketing

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« La décarbonisation des secteurs de l’énergie et des transports est sans doute aujourd’hui le principal moteur économique de l’industrie. »

Expérience professionnelle

Il a débuté sa carrière dans le génie civil en tant que chef de projet en France, en Martinique et en Australie. Par la suite, il devient directeur général d’une filiale au Venezuela. En 1992, il crée une filale pour Dalkia en Allemagne (chauffage urbain, cogénération et partenariats) et représente Véolia en Thaïlande. En 2000, il a ouvert le bureau commercial d’Endesa en France pour profiter de la libéralisation du marché de détail. A partir de 2006, en tant que responsable du développement chez Endesa France, il a dirigé le plan d’Endesa pour la production à cycle combiné gaz en France et a simultanément développé le portefeuille éolien et photovoltaïque de la Snet. Philippe Boulanger a ensuite travaillé pendant 3 ans au siège d’E.ON pour coordonner les activités de l’entreprise en France. Il a été fortement impliqué dans le projet français de renouvellement de la concession hydroélectrique. En tant que Senior Vice President – Project Director chez Solvay Energy Services d’avril 2012 à février 2014, il était en charge des projets de déploiement H2/Power to gas et d’accès direct au marché européen. Philippe est un expert pour HES depuis 2014.

Formation

Philippe Boulanger est ingénieur diplômé de l’Ecole Polytechnique et de l’Ecole Nationale des Ponts & Chaussées (France) et possède une expérience combinée de plus de 25 ans en énergie et infrastructures. En plus de l’anglais, M. Boulanger parle couramment le français, l’allemand et l’espagnol.

Philippe Boulanger

Electricity Expert

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« Le monde est en train de changer. De nouveaux investisseurs accordent une attention particulière au secteur de l’énergie alors que les acteurs historiques adaptent leur position sur le marché. »

Expérience professionnelle

Antonio a commencé sa carrière dans le secteur de l’électricité en 1991 en tant que membre de l’équipe du directeur général de Sevillana de Electricidad (Espagne). En 1997, il était responsable de la réglementation commerciale chez Endesa Distribution. En 2000, il rejoint le département M&A européen d’Endesa. Il a été nommé CEO d’Endesa Power Trading Ltd en 2003. En 2004, il devient Directeur de la gestion de l’énergie de la SNET (France) et en 2008, il est nommé Directeur Général de cette société. En 2009, il a occupé le poste de Directeur du Développement Entreprise d’E.ON France. En 2011, il a fondé Haya Energy Solutions (HES), une société de conseil qui aide les entreprises à optimiser leur chaîne de valeur : de la définition de la stratégie aux opérations quotidiennes, en s’appuyant sur une solide expérience et une bonne compréhension de l’industrie de l’énergie. De 2015 à 2018, Antonio a été Président de Celest qui opère 2 CCGT françaises (420MW chacune), détenues par KKR. Fin 2018, il rejoint Asterion Industrial Partners, un fonds d’investissement dédié aux infrastructures, en tant que partenaire opérationnel.

Formation

Ingénieur industriel de l’Ecole Supérieure d’Ingénieurs de Séville (Espagne) et titulaire d’un MBA de Deusto (Espagne).

Antonio Haya

CEO