Principaux enseignements de l'analyse du marché français
L’analyse du marché de l’énergie en France est essentielle pour comprendre les dynamiques et les tendances affectant le secteur tant au niveau local qu’international. Dans cette analyse détaillée, nous abordons les facteurs importants influençant les prix de l’énergie, l’offre et la demande, ainsi que les dernières politiques réglementaires. Ce panorama complet vous permettra de rester informé des changements hebdomadaires et d’anticiper les variations possibles du marché, tant en France que dans d’autres marchés pertinents tels que l’Espagne.
Table des matières
Mars 2026
Chiffres clés du mois
Source: Haya Energy Solutions
En mars 2026, les prix spot de l’électricité sur les principaux marchés européens ont fortement augmenté par rapport au mois précédent. Une tendance haussière similaire a également été observée pour le Power Cal’27, tous les pays enregistrant des hausses d’un mois sur l’autre, bien que les niveaux de prix à terme soient restés dans une fourchette relativement similaire à celle de février.
L’Espagne est restée le marché de l’électricité le moins cher de la région, avec une moyenne de 40,27 €/MWh, malgré une forte hausse par rapport aux 15,08 €/MWh du mois précédent. La France s’est classée comme le deuxième marché le moins cher, avec une moyenne de 63,30 €/MWh, tandis que le Royaume-Uni et l’Allemagne se sont rapprochés du niveau des 93 €/MWh. Dans l’ensemble, le mois de mars a de nouveau montré une forte divergence des prix spot à travers l’Europe, reflétant en grande partie la structure de production propre à chaque marché et, en particulier, son niveau d’exposition aux technologies à base de gaz comme source marginale de fixation des prix, comme c’est le cas en Italie.
Du côté du gaz, les prix spot sont restés globalement stables autour de 50 €/MWh sur la plupart des marchés, l’Allemagne se situant légèrement au-dessus, à environ 55 €/MWh en moyenne. Par rapport à février, les prix du gaz ont augmenté dans tous les pays, principalement sous l’effet des tensions géopolitiques accrues au Moyen-Orient et des risques de perturbation liés au détroit d’Ormuz, une route clé pour les flux mondiaux de pétrole et d’énergie. Le Gas Cal’27 a également enregistré une hausse significative d’un mois sur l’autre sur l’ensemble des marchés.
En ce qui concerne le CO₂, les prix ont reculé d’environ 75 €/t en février à 72 €/t en mars, atteignant leur niveau de clôture le plus bas depuis avril 2025.
Dans l’ensemble, malgré la forte pression à la hausse sur les prix de l’énergie liée à l’augmentation des prix du gaz, une production renouvelable plus élevée et des prix du CO₂ plus faibles ont contribué à contenir partiellement la hausse des prix de l’électricité. Cette combinaison a offert un certain effet modérateur dans un environnement autrement haussier dominé par le gaz.
Demande énergétique et mix de production
Source: Haya Energy Solutions
En mars 2026, la production totale en France a atteint 45 848 GWh.
L’énergie nucléaire reste la colonne vertébrale du mix de production français, jouant un rôle clé dans la sécurité d’approvisionnement du système. Elle a représenté 68,5 % du mix énergétique en mars, un niveau aligné avec celui du mois précédent. Comme en février 2026, la participation des centrales à cycle combiné gaz (CCGT) est restée limitée (2,7 %), en raison d’une forte production hydraulique, éolienne et solaire photovoltaïque.
En ce qui concerne les énergies renouvelables, comme le montre le graphique, l’hydroélectricité arrive en deuxième position dans le mix énergétique total, représentant 11,5 % de la production totale et occupant la première place parmi les énergies renouvelables. Les stocks hydrauliques ont diminué, passant de 1 430 GWh (fin février) à 953 GWh (fin mars), en ligne avec les niveaux observés en mars 2025 (981 GWh). Enfin, la production photovoltaïque a augmenté par rapport au mois précédent, avec la fin de l’hiver et le retour de conditions plus ensoleillées.
Prix de l’énergie et panorama du marché
Le prix spot moyen de l’électricité en France en mars s’est établi à 63,9 €/MWh, soit une baisse de 17 % par rapport aux niveaux de mars 2025 (76,9 €/MWh). Comme le montre le graphique, les prix ont fortement fluctué tout au long du mois, avec un prix minimum atteignant -4,0 €/MWh le 22 mars et un prix maximum de 291,1 €/MWh le 4 mars. En variation mensuelle, les prix ont augmenté par rapport à février, principalement sous l’effet de la hausse des prix du gaz liée aux perturbations d’approvisionnement causées par le conflit avec l’Iran, ainsi que par des niveaux d’exportation plus élevés. Les prix day-ahead ont fréquemment chuté à des niveaux très faibles, voire proches de zéro autour de midi (16,6 % des heures en dessous de 5 €/MWh), reflétant une production solaire accrue. À l’inverse, les heures de pointe ont connu de fortes hausses, avec 5,2 % des prix horaires dépassant 150 €/MWh, contre seulement 0,2 % en février.
En ce qui concerne les flux transfrontaliers, la France est restée globalement exportatrice nette sur la plupart des interconnexions, à l’exception de l’Espagne. Les niveaux d’exportation horaires ont dépassé les 20 GW au pic au cours du mois.
Source: Haya Energy Solutions
Concernant le prix spot PEG Day-Ahead, au cours du mois de mars, les prix ont augmenté de 71 % par rapport à février 2026, évoluant dans une fourchette comprise entre 43,2 €/MWh et 61,0 €/MWh. En mars 2026, les prix du gaz en Europe ont montré une forte volatilité, restant initialement à des niveaux élevés avant d’entrer dans une phase de stabilisation vers la fin du mois. En début de mois, les prix ont été soutenus par des tensions géopolitiques importantes, notamment le conflit avec l’Iran et les perturbations de l’approvisionnement en GNL, ce qui a introduit une prime de risque significative. À mesure que le mois avançait, les prix ont connu une certaine correction à la baisse, portée par des prises de bénéfices des acteurs du marché et une demande légèrement plus faible en raison de conditions météorologiques plus clémentes. Toutefois, les fondamentaux du marché sont restés tendus, avec des préoccupations persistantes concernant la disponibilité du GNL et la concurrence mondiale pour l’approvisionnement.
Dans l’ensemble, malgré un repli par rapport aux récents sommets, les prix du gaz sont restés sensibles aux évolutions géopolitiques, sans tendance claire à court terme.
Les stocks de gaz de l’UE sont remplis en moyenne à 28 %, contre 35 % l’année dernière. En France, les niveaux de stockage de gaz s’établissent à 23 %, en dessous de ceux de 2025 (30 %).
Source: Haya Energy Solutions
Tendances du marché et contrats à terme
Source: Haya Energy Solutions
Au cours du mois de mars, les contrats à terme de l’électricité en France ont globalement suivi une tendance haussière, principalement portée par la forte augmentation des prix du gaz, tandis que les prix du carbone ont légèrement reculé. Les contrats à court terme (Q+1 et Q+2) ont enregistré des hausses significatives (+10 % et +30 % respectivement), reflétant l’impact plus marqué des prix du gaz sur ces échéances.
À l’inverse, les contrats dynamiques de court terme (M+1 et M+2) ont reculé, soutenus par des anticipations de forte production renouvelable et d’une demande plus faible dans un contexte de conditions météorologiques plus douces. Enfin, les contrats à plus long terme (Cal-27 et Cal-28) ont également progressé par rapport au mois précédent, principalement en raison des perturbations de la chaîne d’approvisionnement en gaz et de la prime de risque associée.
Les marchés du gaz ont été le principal moteur de la hausse des prix à terme de l’électricité, avec des augmentations marquées sur l’ensemble des maturités (jusqu’à +70 %), sous l’effet des tensions géopolitiques au Moyen-Orient, notamment liées au conflit avec l’Iran et aux risques pesant sur les routes d’approvisionnement en GNL telles que le détroit d’Ormuz. Cela a introduit une prime de risque significative, malgré des fondamentaux à court terme relativement stables.
Malgré la forte hausse des prix du gaz, les marchés du carbone ont évolué différemment. Les prix des quotas EUA sont restés relativement modérés et ont même reculé à certains moments du mois, reflétant une faible demande d’électricité liée à des conditions météorologiques clémentes et à une forte production renouvelable. Par ailleurs, les prix du carbone ont été fortement influencés par l’incertitude réglementaire. À la mi-mois, les discussions autour d’éventuelles réformes du système EU ETS (par exemple des ajustements de la MSR ou des modifications des allocations gratuites) ont provoqué une forte correction, les prix des EUA chutant brièvement à environ 63 €/t avant de se redresser à mesure que les craintes d’une intervention agressive s’estompaient.
Au cours du mois de mars, les prix du pétrole ont fortement augmenté et sont restés très volatils, sous l’effet de l’escalade du conflit avec l’Iran et des perturbations autour du détroit d’Ormuz. Les prix du Brent ont approché les ~120 $/baril à la fin du mois, reflétant une importante prime de risque géopolitique. Malgré quelques corrections liées à des prises de bénéfices et à des signaux de désescalade, les prix sont restés élevés tout au long du mois, les marchés intégrant de plus en plus les risques sur l’approvisionnement ainsi que les impacts macroéconomiques plus larges.
Réglementation
En mars 2026, le régulateur français (CRE) a publié plusieurs mises à jour clés confirmant une évolution structurelle vers davantage de flexibilité et d’optimisation du système. Plus précisément, la CRE a proposé de réformer les dispositifs de soutien pour les installations photovoltaïques de grande taille (>100 kW) afin d’encourager les projets hybrides associant solaire et stockage, dans le but de répondre à la fréquence croissante des heures à prix négatifs et à la baisse de la valeur de marché de la production solaire. Ces propositions incluent une adaptation des cadres d’appels d’offres et des mécanismes de rémunération afin de mieux valoriser la flexibilité, favoriser le décalage de la production solaire et réduire les coûts de soutien public.
Parallèlement, la CRE a mis à jour les tarifs de stockage du gaz pour la période 2026–2027, avec une hausse significative (+23,8 % en glissement annuel). Néanmoins, l’impact sur les consommateurs finaux devrait rester limité, les coûts de stockage représentant une part relativement faible des factures énergétiques.
Dans l’ensemble, l’orientation réglementaire en France s’inscrit clairement dans une logique d’amélioration de l’efficacité du système, avec l’intégration de la flexibilité et du stockage comme piliers essentiels du système électrique.